La rééducation orthoptiste

Rééducation musculaire
  • Lorsqu’un patient présente une divergence latente de ses axes visuels, sa capacité à faire travailler ensemble ses deux yeux peut être réduite (insuffisance de convergence). La superposition des deux images (œil droit / œil gauche) au changement de fixation lui demande un effort visuel important. Plus ses muscles forcent, plus ils s’affaiblissent, ce qui le conduit à un manque d’endurance et ralentit parfois sa vitesse d’exécution. Cette déviation peut entraîner un inconfort visuel, une fatigue visuelle, des céphalées (barre frontale et tempes), des douleurs oculaires. La déviation des axes visuels en divergence peut même devenir visible, c’est ce que nous appelons un strabisme divergent intermittent.
  • Le but de la rééducation orthoptique musculaire est de développer la capacité des deux yeux à travailler ensemble (amplitude de fusion), de diminuer la divergence et de redonner du confort, de l’endurance au patient tout en faisant disparaître tous ses signes fonctionnels (céphalées, vision double, douleurs…).
  • Chaque oeil comporte 7 muscles oculomoteurs, souvent un seul de ces muscles n’est pas suffisamment développé. Seul un orthoptiste avec du matériel spécifique (barres de prismes, synoptophore…) peut isoler le muscle et le rééduquer.
Rééducation neuro-visuelle

Une rééducation orthoptique fonctionnelle neuro-visuelle peut être proposée dans le but de normaliser la vision binoculaire et de permettre l’acquisition de processus visuels efficaces.

Les objectifs de ses séances sont multiples :

  • améliorer les capacités de perception, la discrimination visuelle, la structuration spatiale, la constance de forme,
  • entraîner et développer la stratégie de repérage ainsi que l’exploration visuelle.

Cette rééducation permet d’améliorer les saccades oculaires, les poursuites oculaires et la coordination œil/main. Nous travaillons l’organisation linéaire des poursuites oculaires, entraînement systématique du regard sur la ligne horizontale (dans un mouvement de gauche à droite pour éviter les retours involontaires et les interférences), entraînement des saccades (dans un mouvement oblique : changement de lignes), et ainsi nous améliorons le balayage visuel. Une stratégie visuelle linéaire avec retour à la ligne est imposée, cette stratégie est particulièrement adaptée à la lecture et à l’écriture. La répétitivité et la stabilisation permettent de développer l’anticipation visuelle.

Certains exercices sont chronométrés afin de contrôler la vitesse du traitement visuel. La vitesse de réalisation devra progressivement s’accélérer ainsi parallèlement nous augmentons la taille de la fenêtre attentionnelle (capacité à mémoriser en mémoire immédiate en un seul regard, un nombre de caractères ou de détails de plus en plus important).

Nous travaillons aussi l’anticipation visuelle et l’amélioration des notions de perception visuelle des dimensions. L’objectif étant de diminuer les troubles visio-attentionnels, d’améliorer les capacités visio-spatiales et visio-constructives avec une réduction des latences (réduction du temps de réponse).

L’organisation et le projet de soins des séances de rééducation neuro-visuelles sont individualisés. Chaque enfant a ses propres difficultés, sa propre organisation de l’espace, son propre fonctionnement. Le bilan neuro-visuel dure entre 1h et 1h30, permet d’identifier précisément les compétences de perceptions visuelles. Si des séances sont nécessaires, l’analyse du bilan permettra de cibler les difficultés de l’enfant et d’établir un projet de rééducation par étapes, projet unique pour chaque enfant. Le déroulement des séances d’un enfant à l’autre est différent, c’est pourquoi les objectifs de cette rééducation vous seront expliqués dans un compte rendu écrit détaillé. Votre enfant sera suivi une fois par semaine par un orthoptiste qui sera à votre écoute et vous fera part de l’évolution de votre enfant. L’objectif est de faciliter les apprentissages et vous en constaterez les progrès au cours du temps.

Rééducation d’amblyopie

L’amblyopie :

  • L’amblyopie est une mauvaise vision qui peut toucher un oeil ou les deux yeux. Il s’agit d’un intermédiaire entre la vision normale et la cécité, elle peut être liée au mauvais développement de la vision et des fonctions visuelles ou à se régression à un moment du développement visuel. Elle est le résultat d’un développement cortical anormal d’abord réversible puis définitif. Elle est réversible si le traitement est établi pendant la période de plasticité cérébrale qui s’étend jusqu’à l’âge de 6-7 ans pour la plupart des enfants, et parfois au delà.
  • L’amblyopie est une baisse d’acuité visuelle inférieure à deux écarts types de la moyenne, elle peut être bilatérale (sur les deux yeux), mais dans la majorité des cas elle est unilatérale (sur un seul oeil).
  • Elle touche 1 à 4% de la population. L’enfant est susceptible de développer une amblyopie entre la naissance et l’âge de 7-8 ans. Plus elle apparaît de manière précoce, plus important sera le déficit.
  • Il s’agit d’une diminution fonctionnelle ou organique de certaines fonctions visuelles, principalement la discrimination des formes.
  • L’amblyopie fonctionnelle est une baisse d’acuité visuelle sans atteinte organique (le fond d’oeil est normal). Elle est principalement liée à un défaut réfractif : hypermétropie, myopie, astigmatisme, anisométropie (défaut visuel différent sur l’oeil droit et l’oeil gauche) et/ou un strabisme.
  • L’amblyopie organique est une baisse d’acuité visuelle secondaire à une lésion de l’appareil visuel (anomalie du cristallin, du nerf optique, de la rétine, des voies visuelles et cortex). Il peut s’agir des cataractes congénitales ou traumatiques, de ptosis (paupière qui recouvre la pupille entièrement ou en partie), hémangioblastome (tumeurs), pathologie rétinienne (pathologie de la rétine), pathologie du nerf optique, rétinolastome (cancer de la rétine), enfants cérébrolésés…
  • Il existe d’autres amblyopies comme les amblyopies nystagmiques. Le nystagmus est un mouvent involontaire des deux yeux, mouvement permanent d’oscillations involontaires et saccadées des deux yeux.

Le traitement de l’amblyopie :

  • Le traitement commence par une évaluation précise du défaut visuel réfractif avec un examen sous cycloplégie (gouttes dans les deux yeux) et aboutit dans la majorité des cas à une prescription de lunettes. Le choix de la monture compte dans la réussite du traitement, les lunettes devront monter jusqu’aux sourcils afin que l’enfant regarde toujours dans ses verres. Pour tout renseignement sur le choix des lunettes, regardez la rubrique Optique/Chez l’enfant/ Choix des lunettes.
  • Les lunettes devront être portées de manière permanente c’est à dire dès que votre enfant se lève jusqu’au coucher. Elles seront enlevées juste pour la sieste, la douche ou le bain. Il est essentiel de maintenir le port même lors des récréations à l’école. Le développement des fonctions visuelle est permanent même lors des jeux et de la récréation. Si votre enfant fait la sieste, insistez sur l’importance de remettre les lunettes dès son réveil.
  • Si le traitement par le port permanent des lunettes ne suffit pas à rectifier la baisse d’acuité visuelle, un traitement plus spécifique de l’amblyopie sera mis en place par l’orthoptiste et l’ophtalmologiste.
  • En cas d’amblyopie, un traitement par occlusion sera prescrit. Un pansement (Orthopad : avec des petits dessins) devra être collé devant l’oeil qui voit le mieux, les lunettes seront mises par dessus le pansement pour que l’oeil qui voit moins bien puisse travailler et développer ses fonctions visuelles. En cas d’amblyopie profonde ou moyenne, la privation du bon oeil peut être permanente pendant plusieurs jours ou semaines, c’est ce que nous appelons une occlusion sauvage. Des contrôles réguliers seront mis en place afin de contrôler l’acuité visuelle de l’oeil qui doit travailler, mais aussi celle de l’oeil sous le cache. En fonction de la récupération visuelle, le traitement peut durer plusieurs semaines ou plusieurs mois. Si l’acuité visuelle augmente, le temps d’occlusion peut diminuer.
  • Lorsque l’oeil a atteint une acuité visuelle acceptable, d’autres traitements peuvent être envisagés comme le ryser qui est un filtre collé à la lunette (filtre diminuant l’acuité visuel du bon oeil).
  • Le traitement et l’évolution sont variables et adaptés spécifiquement pour chaque enfant.
  • Le traitement de l’amblyopie peut être long et pénible pour votre enfant et pour vous, cependant cette anomalie est réversible. Grâce à vous, votre enfant grandira avec une acuité visuelle optimale pour le restant de sa vie. L’orthoptiste vous accompagnera dans cette épreuve par son expérience et son professionnalisme.
Rééducation basse vision

Les séances de rééducation de basse vision s’adressent à des patients atteints de malvoyance (vision comprise entre 3/10 et 1/50 et/ou champ visuel inférieur à 20°). L’orthoptiste pourra vous proposer une rééducation visuelle fonctionnelle adaptée pour permettre d’optimiser votre vue. La pratique régulière d’exercices, de gymnastique oculaire permet à des personnes touchées par des déficiences visuelles parfois très handicapantes de retrouver de l’autonomie, de pouvoir lire à nouveau, de reprendre confiance en soi.

Ces séances débutent par un bilan d’1 h qui permettra d’évaluer les plaintes et les besoins du patient, d’évaluer les différents paramètres de la fonction visuelle et d’élaborer avec le patient un projet de rééducation.

Le rythme et le nombre de séance seront déterminés par l’orthoptiste.

La rééducation Basse Vision n’améliore pas l’acuité visuelle mais permet d’utiliser au mieux les possibilités visuelles restantes.

Cette prise en charge s’adresse :

  • A des adultes atteints de :
    • Dégénérescence Maculaire Liée à l’Age (DMLA),
    • Glaucome
    • Rétinopathie diabétique
    • Complications rétiniennes de la myopie forte
  • A des enfants, présentant :
    • des rétinopathies
    • des cécités d’origine cérébrale et malformative,
    • des séquelles  de prématurité et d’anoxie péri-natale

Cette rééducation a pour but d’essayer de rendre plus d’autonomie au patient. Elle insiste sur l’autonomie de chaque personne, en relevant les incapacités concernant l’exécution d’une ou de plusieurs des activités suivantes

    • en vision de près : lecture et écriture
    • en vision de loin : appréhension de l’espace et des déplacements
    • en moyenne distance : réalisation des activités de  la vie quotidienne
    • activités de communication
    • poursuite d’une activité exigeant le maintien prolongé de l’attention visuelle.

Il faut donc savoir apprécier ce retentissement fonctionnel en le modulant selon l’âge, les activités et le rôle éventuel de l’entourage de nos patients.

L’objectif de cette rééducation n’est pas de développer ou de retrouver les fonctions perdues, mais d’utiliser au mieux les possibilités visuelles restantes. La survenue d’un handicap visuel, quel que soit l’âge de la personne concernée, est toujours un traumatisme psychique fort. Le patient doit avoir envie de retrouver une autonomie pour l’action, pour une activité quelle qu’elle soit afin qu’émerge la réalité d’une véritable demande.

Un bilan sera réalisé et un projet de soin sera proposé en fonction des besoins et des possibilités. Cette rééducation proposée a pour objectif d’apprendre au patient à utiliser la partie extrafovéolaire de la rétine (la zone centrale étant souvent trop endommagée pour permettre une bonne vision) et à tirer le meilleur parti des aides visuelles nécessaires. L’entraînement visuel sert à reprendre des activités de lecture et d’écriture et à acquérir rapidité et endurance dans ces tâches.

Des équipements optiques spécifiques peuvent être proposés afin de favoriser certaines tâches.

Les aides visuelles ont pour but l’utilisation optimale du potentiel visuel disponible et reposent sur les principes suivants : le grossissement, le contrôle de l’éclairage et l’utilisation des contrastes.

Les séances permettront d’allier des aides techniques aux aides optiques, dont l’utilité doit correspondre aux besoins et aux capacités du patient, et dont les objectifs sont d’améliorer la réalisation de certaines tâches et de permettre de maintenir le lien social afin que la perte de vision ne vous coupe pas du monde qui vous entoure.

Nous vous orienterons vers un opticien spécialisé en basse vision afin de choisir l’aide visuelle adaptée et nous vous apprendrons à bien vous en servir lors de la rééducation.

Il est certain que les techniques de ré adaptation du handicap visuel demandent une prise en charge spécialisée, mais chaque orthoptiste peut répondre à vos demandes et vous permettra de comprendre et d’appréhender les possibilités réelles de cette rééducation. Si vous êtes motivé, nous pouvons vous aider !